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Forêt Wallonne n° 131 (juillet/août 2014)

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Le sanglier aux portes des villes

Alain Licoppe, Céline Prévot, Seán Cahill, Céline Bovy, Marie Heymans, Jim Casaer

Depuis une vingtaine d’années, les populations de sangliers sont présentes dans les zones péri-urbaines un peu partout en Europe y compris chez nous, en Belgique. Dans le cadre de deux mémoires de fin d’étude, une enquête a été diffusée auprès des gestionnaires et scientifiques des différents pays concernés pour mieux comprendre le phénomène et ses causes et aussi pour inventorier les moyens de l’enrayer. Les résultats récoltés dépassent finalement les frontières de l’Europe pour illustrer les situations rencontrées en Amérique du Nord, du Sud, en Asie et en Océanie. L’article analyse les résultats de cette enquête reflétant des situations évidemment très contrastées, tant du point de vue de l’origine du phénomène que de sa fréquence et des solutions apportées pour y remédier.

De manière générale, on peut dire que partout, la colonisation des zones péri-urbaines par le sanglier s’explique par une offre en ressource alimentaire et en refuge recherchée quand les zones adjacentes deviennent stressantes : période climatique défavorable à l’offre en nourriture ou en eau, dérangement… Cela est d’autant plus vrai que les populations sont importantes.

Les conflits qui en résultent trouvent leurs sources au niveau des dégâts agricoles, des boutis dans les espaces herbeux, de la consommation de fruits et légumes des vergers et potagers mais aussi au niveau des collisions avec les véhicules ou d’attaques qui restent occasionnelles mais qui préoccupent beaucoup les participants à l’enquête.

Les solutions apportées passent par la prévention, la régulation et l’éradication. Pour la prévention, les clôtures sont souvent employées ainsi que l’interdiction du nourrissage ou le ralentissement du trafic. Toute prévention s’accompagne idéalement d’une régulation des populations. Dans les zones récemment concernées, il semblerait que l’affect des citadins appuierait une solution de régulation sans mise à mort des animaux, solution devenant vite contreproductive car les animaux reviendraient rapidement et en confiance. Ailleurs, les citadins ont une perception souvent négative du phénomène. Dans la majorité des cas, la meilleure solution identifiée par les personnes sondées pour se prémunir contre ce phénomène serait un meilleur contrôle des populations de sanglier dans les milieux ruraux adjacents. [D.A.]

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Licoppe A., Prévot C., Cahill S., Bovy C., Heymans M., Casaer J. [2014]. Enquête internationale sur le sanglier en zone péri-urbaine. Forêt Wallonne 131 : 3-16 (14 p., 9 fig., 2 réf.).

Les paramètres de dynamique de population du sanglier en Wallonie

Alain Licoppe, Camille Dumont de Chassart, Frédéric Della Libera, Céline Prévot

D’importantes variations annuelles sont constatées dans les statistiques de tir du sanglier en Wallonie, même sur des territoires à effort de chasse constant. Des facteurs externes doivent donc expliquer ces variations. À l’aide d’un modèle, il est possible de décrypter un phénomène complexe et de hiérarchiser les paramètres de dynamique de population en fonction de leur influence sur le taux d’accroissement de population (prise de poids des jeunes et effet du climat sur les fructifications principalement).

La chasse étant l’un des seuls paramètres sur lequel on peut agir, il ressort clairement du modèle que l’on peut être plus efficace dans le contrôle d’une population en prélevant dans les classes de poids plus élevées des femelles. Dans le cas d’une population située sur le camp militaire de Marche-en-Famenne, le tir d’une femelle de plus de 50 kg équivaut à celui de 2,6 femelles de moins de 30 kg ou 1,4 femelle de 30 à 50 kg en termes d’impact sur l’accroissement de la population (poids éviscérés).

Juger de la volonté d’un territoire de chasse de faire baisser les densités de populations de sangliers sur la seule base de ses réalisations est donc délicat. Il vaudrait mieux évaluer des facteurs tels que l’augmentation de l’effort de chasse (nombre de journées, de carabines…) et la répartition des femelles tirées en fonction des catégories de poids. [C.H.]

Licoppe A., Dumont de Chassart C., Della Libera F., Prévot C. [2014]. Les paramètres de dynamique de population du sanglier en Wallonie. Forêt Wallonne 131 : 17-33 (17 p., 7 fig., 2 tab., 53 réf.).

À quoi servent les forêts anciennes ?

Floriane Jacquemin, Thierry Kervyn, Étienne Branquart, Laurence Delahaye, Marc Dufrêne, Hugues Claessens

Certaines forêts, qualifiées de « forêts anciennes », ont été relativement épargnées des profondes mutations qui ont eu lieu au cours des siècles en Wallonie. Ces forêts sont d’un grand intérêt en matière de biodiversité, de naturalité de fonctionnement et de capacité d’adaptation aux changements globaux.

Cette première partie d’étude de ces forêts particulières se consacre premièrement à l’histoire wallonne et comment elle a marqué les écosystèmes forestiers. Ensuite, les différents concepts liés à l’ancienneté des forêts sont définis, avant d’expliquer en quoi l’identification des forêts anciennes peut intéresser les acteurs de la gestion du territoire, en particulier les forestiers.

Parmi les forêts feuillues anciennes, les plus âgées en particulier constituent un atout important du patrimoine qu’il importe de protéger pour les générations futures. Elles représentent en effet des valeurs écologiques mais aussi économiques, scientifiques, sociales et culturelles, assurant ainsi une grande diversité de services écosystémiques, qui dépassent largement la simple production de bois. Ce patrimoine mérite d’être mieux reconnu, protégé et mis en valeur qu’il ne l’est aujourd’hui. D’ailleurs, sa conservation présente le grand intérêt de ne requérir aucun investissement : il suffit de maintenir en place les massifs forestiers identifiés et de les traiter avec respect lors des actions de gestion forestière.

Un prochain article détaillera la méthodologie liée à la cartographie des forêts anciennes, qui permettra de mieux les localiser. [C.S.]

Jacquemin F., Kervyn T., Branquart E., Delahaye L., Dufrêne M., Hugues Claessens H. [2014]. Les forêts anciennes en Wallonie. 1ère partie : concepts généraux. Forêt Wallonne 131 : 34-49 (16 p., 29 réf.).

Une « forêt » linéaire vraiment pas comme les autres : l’allée

Chantal Pradines

Depuis maintenant plusieurs siècles, les alignements d’arbres font partie intégrante des paysages, que ce soit dans les jardins, à la campagne ou en ville. Au fil du temps, les arbres plantés en bord de voirie ont guidé tout un cortège de voyageurs, à pied, à cheval et plus récemment en voiture. Les alignements ont évolué au cours de ces longues années. Le long des routes, beaucoup ont été supprimés pour répondre à l’accroissement du trafic et aux exigences de sécurité routière, certains ont été remplacés et quelques uns sont restés intacts. Par ailleurs, la diminution du nombre d’alignements s’est aussi accompagnée d’une moindre attention lors des travaux de voirie (élagage, élargissement des routes, installation de canalisations, etc.), ce qui a précipité leur disparition.

En ce début de 21e siècle, l’intérêt des allées bordées d’arbres revient au premier plan. Initialement plantés pour l’ornement dans les jardins et les villes ou pour des raisons utilitaires le long des routes (fourniture de bois, assèchement et stabilisation des voies, protection des terres contre l’érosion, délimitation de l’espace public, protection des voyageurs contre le vent et le soleil), ils se voient attribuer de nouvelles missions.

À ce titre, ils répondent parfaitement aux enjeux majeurs du 21e siècle que sont la préservation de la biodiversité, la limitation du réchauffement climatique, la gestion du pic pétrolier et la lutte contre la pollution. En effet, les allées créent des micro habitats spécifiques pour des espèces animales et végétales, d’autant plus que les arbres sont généralement maintenus à des âges avancés pour remplir leur fonction culturelle et d’ornement. Elles favorisent la connectivité entre biotopes en permettant les franchissement au-dessus des véhicules. Leur ombrage réduit les consommations de carburant en limitant l’utilisation de la climatisation et l’évaporation des réservoirs. Qui plus est, ce sont des puits de carbone et elles favorisent la précipitation des poussières. Enfin, elles réduisent les concentrations en oxydes d’azote, en CO2, en ozone et en PCB dans l’air.

Sur le plan humain, les alignements contribuent à l’économie locale via toute la filière de l’arbre : pépiniéristes, élagueurs-grimpeurs, spécialistes en arboriculture ornementale et aussi agents d’entretien via des emplois non délocalisables. Par ailleurs, les alignements font partie intégrante des paysages et contribuent à forger l’identité d’une région ou d’un pays : les allées de hêtres pourpres sont caractéristiques de Belgique, tout comme les platanes le sont de la Provence.

Pour leurs fonctions et pour le patrimoine culturel et naturel qu’ils représentent, les alignements d’arbres méritent toute l’attention nécessaire. Dans certaines régions, des actions ont été menées pour préserver l’intérêt de ce patrimoine. En Wallonie, le Code de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et du patrimoine constitue un outil précieux pour leur préservation. Cependant, les nouvelles plantations et les actions de communication sont rares et devront être multipliées pour que les allées d’arbres continuent d’embellir les paysages. [S.P.]

Pradines C. [2014]. Une « forêt » linéaire vraiment pas comme les autres : l’allée. Forêt Wallonne 131 : 50-60 (11 p., 6 réf.).

 

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